18 juillet 2009
Autoportrait au parapluie
Les villes pluvieuses ont parfois la mélancolie qui leur colle au pavé. La musique est à l’instar de la météo, une très bonne représentation du climat ! Si Bristol a eu ses "Portishead" et "Massive Attack", Stockholm a vu grandir le talentueux Jay Jay Johanson, chanteur Trip-Hop et jazzy, qui au milieu des années 90 brilla avec les albums "Whiskey", "tatoo", et "Poison". Sa voix caressante et jazzy posée sur des rythmiques Hip-hop fit merveille sur ces trois albums. Après une parenthèse électro assez controversée mais dansante, Jay Jay Johanson revint avec l’album "The Long Term Physical Effects Are Not Yet Known" qui m'avait déjà séduit par le retour aux sources de son art.
Aujourd’hui, Jay Jay Johanson ne va pas très bien. C’est certain. Sa musique est imprégnée de tragique. La barbe drue, les cheveux longs, Jay Jay Johanson s’éveille d’un mauvais cauchemar sur la pochette de son disque. Dès les premières notes, nous plongeons dans une œuvre intime, dominée par le piano et une atmosphère électro qui reste en fond sonore et ne cache et gâche jamais la voix mise à nue du chanteur. Par ces chaleurs estivales, rien ne vaut un petit rafraîchissement pour se glacer le sang et se rappeler que la vie n’est pas toujours rose au soleil, mais aussi morose sous la pluie.
Trahison, solitude, jalousie, violence... sont les mamelles de ce disque. Mais que cela ne vous effraie pas. Ce disque est un petit bijou de subtilité, de retenue, à écouter quand la vie vous sourit !
Si ce n’est pas le cas, mieux vaut passer votre chemin...
En vidéo, ci-dessous, les deux premiers singles de ce nouvel album. "Lightning strikes" et "wonder wonders".
23 mai 2009
Un Immortel LIGHT
En intitulant son dernier album "la musique", Dominique A s’est-il décidé à ériger un manuel définitif (et pour les nuls...) de la bonne composition de chansons françaises ou la sobriété du titre reflète-t-elle un retour vers une musique plus directe et légère ?
A l’écoute de ce disque, la première impression est celle d’un retour aux sources : Comme son tout premier album "la fossette", "la musique" a été composée et en grande partie enregistrée à la maison, dominique A jouant de la plupart des instruments. Effet "madeleine" assuré qui nécessite un petit retour en arrière... En 1992, de nombreux auditeurs découvrent de petites chansons enregistrées de façon confidentielle et en cachette entre le lit et le bureau, un univers singulier où l’on chante avec minimalisme "vivement dimanche que je mette mon chapeau", où dans lequel "le courage des oiseaux" est loué à coup de rythmes en boîte gonflés au bontempi. Se rangeant de la pop minimaliste, il poursuivra sa carrière avec SON tube "le twenty two bar", des albums moins accessibles et de magnifiques collaborations avec d’autres musiciens (Yann Tiersen notamment...).
Après de nombreux tours et détours artistiques, voici le retour de la pop, du minimalisme, le temps d’une musique plus directe. Du "Dominique A" qui s’allège en retrouvant son goût pour la new wave et la pop de OMD. Les sons sont légers, mais le propos toujours grave. Dès les premières notes synthétiques, Dominique A nous chante avec sensibilité qu’il a tout essayé, qu’il n’a pas trouvé le sens, qu’il a cherché dans la rue, qu’il a aimé... Il est même désolé. Le sens n’a pas été trouvé...
Ensuite, merveille des merveilles, dominique A interprète une chanson qu’il avait à l’origine composée à l’intention d’Alain Bashung pour "Bleu pétrole", "Immortels". Lourde de sens, Dominique A semble maintenant s’adresser à son ainé récemment disparu : "Je ne t’ai jamais dit, mais nous sommes immortels [...] Et toi qui n’es plus là, c’est comme si tu étais plus immortel que moi, mais je te suis de près...".
Dominique A part ensuite pour "Nanortalik" (ou n’importe où), en d’autres terres... "Evasion" pour embrasser d’autres musiques...
D’autres musiques ? Parlons-en avec "hasta que el cuerpo aguante", du pur Dominique A qui tournoie à l’espagnole et qui prend aux tripes. "La musique" l’entraîne ensuite dans l’ancienne Egypte avant de lui faire entendre le "bruit blanc de l’été". Oui, la "musique" est aussi un album de saison...
Pour finir, Dominique A s’essaie avec succès à la chanson sensuelle avec cet "hôtel congress" où il fait 110 ° fahrenheit (43 ° celsus... chaud, très chaud) et où une américaine s’occupe à... (... vous de l’écouter). Et au final, "dans la lueur du soir, [vous aurez vu] la fin d’un monde"... Que demander de plus ?
Vous l’aurez compris, cet album est, à mon sens, une vraie réussite. Je vous en laisse juge avec cet extrait ci-dessous.
"Et en attendant plus tard, occupez-vous des prochaines secondes ! "
28 février 2009
Après la pluie (de Manchester), le beau temps (de Miami) !
Il fut un temps où la ville de Manchester n’était pas seulement unie derrière une équipe de football, mais également derrière un groupe de pop, les "Smiths". A la tête de ce groupe, le chanteur Morrissey et le guitariste Johnny Marr, un duo passionnant à la Lennon-McCartney : le premier écrit et chante magnifiquement des paroles brillantes, le second met en musique les états d’âme de son comparse. Après quelques albums dont les magnifiques "Meat is murder", "The Queen is dead" et "Strangeways, here we come", l’harmonie s’écroule... en même temps que le moral des fans qui vivent la séparation dans la douleur.
A partir de 1988, commence la discographie solo de Morrissey et avec elle les éternels regrets des fans de la première heure qui jugent chaque nouvelle création du chanteur à l’aune des albums des smiths. Pas une mince affaire d’atteindre ce niveau d’excellence, la déception est souvent de mise, la mauvaise foi aussi. Dernier exemple en date, le désamour des Inrockuptibles suite à la parution du dernier album "Years of refusal". Sur l’air de "Nous nous sommes tant aimés"et "comment te dire adieu", les soutiens de la première heure sont déçus par les changements physiques et artistiques du chanteur.
Sous la pluie de Manchester, Morrissey et son corps malingre et blanc chantait avec sensibilité sur des musiques délicates. Aujourd’hui, sous le soleil de Miami, Morrissey et son corps de culturiste bronzé chante avec sensibilité sur des musiques brutales. Quelle révolution ! Quel scandale !
Pourtant, jamais la voix de Morrissey ne paraît aussi belle qu’en compagnie de guitares et batteries furieuses. Tout est question de contraste. Morrissey souffle le chaud et le froid, le doux et le brutal, la pop et le rock, le glam et le rockabilly, la tristesse et l’énergie. De quoi froisser la sensibilité de ceux, nombreux, qui pleurent les "smiths" et regrettent que l’histoire ne se soit pas terminée sur le dernier chef d’oeuvre en date, "Vauxhall and I" (1994).
Oublions tout ça et écoutons les grandes réussites de cet album : "when i last spoke to carol" aux rythmes latinos endiablés (à noter que Morrissey est une grande star dans les pays hispanophones. Il est aussi un grand opportuniste...) et le premier single "i’m throwing my arms around Paris" en vidéo ci-dessous.
Morrissey est souvent considéré comme l’une des dernières icônes rock, "the last of the international playboys"... Ce titre vaut bien un bon rock !
18 octobre 2008
Dancing queen ?
La Suède, héroïne régulière de l’eurovision, est décidément généreuse en pop et en artistes singuliers. Après le grand retour d’Abba dans les salles de cinéma (que le premier qui ne s’est pas agité sur son siège me jette la première pierre !), il est temps de danser sur les mélodies d’une triste "dancing queen" : Lykke Li.
Dès les premières notes de son premier album, la chanteuse impose sa singularité par un joli chuchotement. Sa voix se fait par la suite plus rauque, brisée par instant par l’émotion de paroles souvent amoureuses, en témoigne cette touchante déclaration "i’m a little bit in love with you", celle d’un amour tout juste éclos en attente de réciprocité.
Accompagnée de "beats" electro, son style rappelle Björk et Feist. Dans ses clips (à découvrir ci-dessous), Lykke Li dévoile un étrange tempérament proche du cinéma de David Lynch (notamment le clip de la chanson "I’m Good, i’m gone"). A la regarder de plus près, on remarque chez Lykke Li que son sourire se porte haut sur son visage, au niveau des sourcils avec lesquels elle joue ostensiblement.
Parions que cette jeune suédoise rencontrera très vite un succès mérité. Grâce à elle, l’hiver sera suédois : port de doudone, sauna suivi de douche froide et montage de meuble en kit... Et tout ça en musique !
04 septembre 2008
Grand galop
Branchez les écouteurs et fermez les yeux : vous êtes en plein coeur de Londres, les rues sont désertes, deux "garçons dans le vent" avancent nonchalamment, puis accélèrent sur des rythmes galopants.
Le premier titre de l’album des last shadow puppets, "the Age of the understatement" vient de débuter et la poussière a déjà envahi la ville de Londres. Les cabines rouges sont des repères de bandits et de scélérats. Les Beatles ont une démarche de cow-boys. Les violonistes et flutistes se provoquent en duel.
Grâce à qui ?
Grâce au leader des Arctic Monkeys, Alex Turner qui a eu le bon goût de faire alliance avec celui des Rascals, Miles Kane. Les deux groupes anglais ont du succès et s’offrent une excellente récréation : une relecture résolument moderne et anglaise de la pop américaine des années 1960.
A l’origine de cette union ? Leur passion commune pour la pop très orchestrée de Scott Walker, le crooner qui réinterpréta les chansons de Brel en anglais et qui sortit à la fin des années 60 les albums "Scott 1, 2, 3 et 4". Avant de plonger dans les abîmes de la musique expérimentale, il a été le modèle de David Bowie, The Divine Comedy et Jay Jay Johansson.
Les jeunes "Last shadow Puppets" ont su digérer ce goût
pour la musique américaine sans pour autant oublier leurs origines
britanniques et leur modernité. Le rythme est plus soutenu et le ton
n’est pas exempt d’une certaine morgue : c’est le nez au vent que ces
chanteurs interprètent ces petites merveilles (the age of the
understatement, standing next to me, my mistakes are made for you...).
Plus qu'un galop d'essai, cette récréation d'Alex Turner s'avère être une oeuvre absolument indispensable !
17 juin 2008
Louis XVI chante Phoenix
La question
Pourquoi ce titre énigmatique : "Louis XVI chante Phoenix" ?
*
Indice historique : un beau jour (ou était-ce une nuit), le futur Louis XVI épouse Marie-Antoinette dans une chapelle du château de Versailles. Indice cinématographique : En 2006, Sofia Coppola tourne le magnifique "Marie-Antoinette" avec des milliers de Macarons et des converses en guise d'accessoires. Indice généalogique : Sofia Coppola, fille de Francis Ford et soeur de Roman, est aussi cousine de Jason Schwartzman qui joue le rôle du roi aux côtés de Kristen Durnst. Jason Scwartzman est le fils d'"Adriennnnnnne", épouse de Rocky I, II, III, IV et V (Talia Shire) Indice People : En 2005, Sofia Coppola s'éprend de Thomas Mars, leader du groupe Versaillais, Phoenix (copains de Air).
La réponse
Pas besoin d'être le grand inspecteur Barnaby (ou Arnoby...) pour comprendre qu'il s'agit d'un article sur "Nighttiming" le premier album de "coconut records", le groupe de Jason Schwartzman qui s'amuse à jouer comme Phoenix.Tout est question d'influences, qu'on se le dise...
Le Louis XVI californien chante avec Kristen Dunst (sur deux titres et très jolie voix d'ailleurs...), joue de tous les instruments et propose une musique efficace et mélodieuse... Touche à tout de génie (acteur, scénariste et maintenant chanteur multi-instrumentiste), Jason est certainement capable de monter sans râler un meuble Ikéa !
Rassurons-nous : il est pas bien grand (ce qui est un handicap au montage Ikéa) et pas bien beau (ce qui est une remarque vraiment méchante et gratuite et selon un sondage auprès des femmes qui m'entourent, franchement injustifiée...).
Ce disque de chevet (qui ne le restera pas...) répond tout à fait à mon besoin de musique immédiate, efficace, jouée comme du Beatles sur le toît de l'immeuble Apple, au moment où les garçons dans le vent revenaient au son brut et moins produit. Tout ça est enthousiasmant !
Non? Regardez le premier clip avec une formidable performance à roulettes et le second en (très) gros plan.
L'inspecteur Arnoby l'a trouvé pour vous !
31 mai 2008
Cette année-là
En 1978, "la fièvre du samedi soir"
gagne les foyers français, la musique des Bee Gees résonne dans les
appartements, la démarche sautillante de John Travolta en pantalon à
pattes d’eph’ est imitée, tandis que sa danse est réduite à ce doigt
visant le ciel, puis le sol, puis le ciel, puis le sol...
En 2008, Gonzales, excellent producteur-arrangeur-chanteur-amuseur et
admirable pianiste fête cet anniversaire en imaginant un album composé
30 ans auparavant. Après avoir séduit un large public avec "Piano solo"
sous haute influence de Satie et Debussy, Gonzales se remet à la
chanson et apporte sa touche et ses goûts musicaux au palmarès de
l’année 1978, sans pourtant omettre ce qui en faisait le sel : le
kitsch !
Assumant totalement ses goûts pour les Bee Gees, Billy Joël ou Elton John, Gonzales enregistre des titres luxueux, "Unrequited Love", "Apology" et le tube irrésistible, "Let’s ride", un grand moment qui fait vibrer un pied, puis deux, avant d’atteindre le reste du corps. "Let’s Dance" !!
En premier single et en ouverture de l’album, le sautillant "working together" bénéficie d’un clip très réussi sur l’abominable monde du travail. A vous de juger ce crooner pop, décidément hors normes...
13 mai 2008
Bela Lugosi au soleil
Que faire le week-end quand on est vampire ? Telle est la question que pourrait soulever le nom de ce groupe pop-rock venu de New York, Vampire Weekend...
Visionne-t-on l’intégrale de Bela Lugosi et autres Christopher Lee ?
Aiguise-t-on ses incisives dans l’attente de nuits meilleures ?
Danse-t-on sur les hymnes de Vampire Weekend qui n’a de gothique que le nom ?
Un conseil : vampire ou non, précipitez-vous sur cet album aux sonorités pop et world, la rencontre entre des percussions africaines et une pop plus anglaise qu’américaine. La presse les acclame, Internet les diffuse, les fans se multiplient... Tous saluent cette révélation et ce son qui emprunte indifféremment aux Beatles (l’orgue de Penny Lane et Strawberry fields forever), à Paul Simon, à Police, aux Talking heads (les premiers à avoir mêlés des sonorités pop à des instruments world) et en cherchant bien au "lodger" de David Bowie (ouf, je l’ai cité !).
Ce premier album est d’une fraîcheur et d’une simplicité qui rappelle les premiers pas de groupes comme Belle and Sebastian. A l’écoute (en boucle) de ce premier essai, un seul mot s’impose : POP ! Le plaisir est immédiat, la musique, authentique...
Sur la pochette, un lustre. Sur le disque, 11 soleils, dont le magnifique "M79" et le premier extrait à écouter ci-dessous : "a-punk".
12 avril 2008
Entre Scott et Echo
Voici le nouveau projet du leader d'Arctic Monkeys fortement influencé par le grand Scott Walker et les moins grands de Echo and the Bunnymen : the last shadow puppets avec leur premier single, the age of understatement!
06 mars 2008
Jarvis & Beth
Voici un duo très réussi : le dandy du groupe Pulp, Jarvis Cocker, et la chanteuse de The Gossip.
Temptation !








