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La vie maternelle a besoin de virgules. Et durant ces ponctuations, qui appelle-t-on ? Le papa, bien évidemment. L'accompagnateur traditionnel de la relation mère-enfant qui, le temps d'une après midi, devient l'animateur exclusif pour le très jeune enfant. Et comment mieux animer qu'en faisant le tour de son monde en 80 minutes.

Première étape ou la descente infernale : La poussette est garée en double file dans le hall de l'immeuble. L'enfant est au deuxième étage. Il faut que les deux se rejoignent. Voilà l'objectif du papa. En suivant les recommandations de la maman à la lettre, le petit se retrouve armé contre le froid à l'aide d'une cote de maille tissée avec la laine d'un mouton devenu depuis frileux. Un chapeau de type "chapka" vient couronner sa tête et lui cache parfois un œil ou deux, effet k-way qu'il découvrira plus tard (et on lui souhaite...). Une fois vêtu et par goût du rythme,  il est disposé dans le porte bébé suédois et accompagne chacun de vos pas dans l'escalier d'un cri aigu, suivi d'une respiration profonde. Ces signes de protestation donnent évidemment envie de glisser sur la rampe pour abréger le supplice. Cette descente vertigineuse et résonnante réveillera les fainéants du voisinage osant encore faire la sieste.

Seconde étape ou le départ en pôle position : Au rez-de-chaussée, rassurez-vous, les cris continuent. Le papa se contorsionne pour ne pas indisposer le petit bonhomme, déverrouille le cadenas, déploie la poussette rutilante, dépose le nid d'ange et enfin, le bambin gracieux car délicatement ceinturé... L'aventure peut démarrer et par magie, le silence se fait dès les premiers tours de roue. Le pousseur de poussettes est anxieux en dépit des nombreuses heures de conduites accompagnées. Après avoir déposé un "A" sur la "Victor Mobile", l'équipage jaune part sur les chemins sinueux menant au jardin des plantes, là où les poussettes de tous les pays slaloment. Une fois quelques rues traversées, le bolide prend son rythme de croisière, passe devant le minaret et les pâtisseries de la mosquée de Paris (et le courageux papa gourmand ne s'arrête même pas).

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Troisième étape ou la conversation impossible avec le fiston : Une fois entré dans le magnifique jardin, le papa est bien obligé de s'intéresser à la botanique vu que son charmant petit compagnon roupille. Le bolide jaune fait sensation et de nombreuses touches. Les allées se suivent et le papa aura l'infime honneur de voir les évolutions du jardin des plantes du mois de mars à nos jours. De temps en temps, le petit ouvre les yeux. Le papa en profite pour raconter sa vie et des choses aussi intéressantes que "oh, tu as vu, ils ont planté des fleurs de pavot et un corbeau"

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Quatrième étape ou "je veux être en paix sur un banc" : Quand les jambes deviennent lourdes, quand les chaussures noires deviennent blanches, il est temps de faire une pause sur un des bancs. Profitons de l'occasion pour faire un reproche ouvert aux gentils organisateurs du jardin des plantes : "vos nouveaux bancs sont tout pourris, c'est mon dos qui vous parle". Outre cet inconfort, le papa préfère ça plutôt que de tâcher de blanc les poches arrières de son pantalon noir en s'installant directement dans l'allée. Voilà donc ce doux moment de quiétude venu. Le soleil traverse les branches des arbres, zébrant la poussette... Le bonheur est là, quand... survient l'une des héroïnes qui arpentent le jardin, la vieille dame désœuvrée qui ne s'intéresse pas à la botanique...

Elle : - Bonjour... ah... c'est un beau bébé... c'est une fille ?
Lui : - Bonjour, non, c'est un garçon, il s'appelle Victor...
Elle : - Et c'est votre premier ?
Lui : - Oui, c'est mon premier...
Elle : - Ah, c'est votre premier... Et vous ne travaillez pas ?
(oui, cette scène a été enregistrée un jeudi après midi. NDA)
Lui : - Si, mais je suis en congés aujourd'hui
Elle : - Ah... Et vous vivez dans le quartier ? Et vous travaillez dans quoi ?
Lui : - Euh oui, pas loin d'ici et je travaille dans une bibliothèque
Elle : - Ah... A la bibliothèque Mouffetard ?
Lui : - Non, dans une bibliothèque du Val d'oise...
Elle : - Ah... et vous habitez ici ?
Lui : - Oui
Elle : - Ah... et c'est donc votre premier ?
Lui : - Oui... ça semble vous étonner...
Elle : - Oui, un peu, vu votre âge.
Lui : - (rire) vous me trouvez vieux madame ?
Elle : - bah (montrant mes cheveux blancs)... un peu pour un premier... mais bon, de nos jours, on se marie de plus en plus tard...
Victor : OUIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIINNNNNNNNNNNNNNN
Elle : Ah, il faut rouler, les enfants aiment quand ça roule...
Lui (se levant précipitamment) : Ah oui, au revoir...
Elle (s'installant sur le banc devenu vacant) : Au revoir, continuez, le moule est bon, il est beau !

Cinquième étape ou "il faut bien s'occuper" : Quand les allées finissent par se ressembler, l'option "Ménagerie" n'est pas à écarter. Le papa peut se distraire en faisant semblant de montrer à son enfant endormi les bestioles elles-même somnolentes de la ménagerie. Devant les singes, le petit ouvrit les yeux. Moment de grâce absolu que le papa n'eut pas l'esprit de fixer pour la postérité dans son appareil photo oublié ce jour...

Sixième étape ou "où trouver une gaufre ?" : Dans le jardin des plantes, pas de gaufres, que des crêpes... or, le papa peut avoir envie d'une gaufre bien chaude avec de la chantilly dessus, histoire de compenser la marche forcée...

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Septième étape ou "HANAMI" : N'avoir qu'une seule et unique destination a du bon. Cela permet de découvrir les évolutions de la nature et d'assister à sa renaissance; des premiers bourgeons à l'éclosion des fleurs. Au Japon, l'hanami est "la coutume traditionnelle japonaise d'apprécier la beauté des fleurs, principalement les fleurs de cerisier (sakura). À partir de fin mars ou début avril, les sakura entrent en pleine floraison partout dans le Japon. De nos jours, le hanami se résume souvent à profiter de cette saison pour pique-niquer, discuter, chanter sous les cerisiers en fleur" (oui, c'est un copié collé de wikipedia, si vous ne me croyez pas, cliquez ici.

Passage obligé de tout visiteur, le triangle des trois "prunus" : un trapu aux fleurs blanches, un élancé aux fleurs roses et un moyennement trapu aux fleurs blanches mais moins que le trapu. Voici en photo, le moyen de contempler en paix... les cerisiers en fleur du jardin des plantes; les prunus de Victor...

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Huitième étape ou "Atchoum" : Qui dit fleurs, dit pollens. Qui dit pollens et vent, dit yeux, nez et gorge qui piquent. Le métier de papa comporte des risques (du moins sans antihistaminique).

Neuvième étape ou "le retour au bercail" : La balade s'achève... Les allées quittées se transforment en rues. La rue Monge est remontée. La place Monge accueille déjà de futurs rendez-vous. Plus loin, le code de l'immeuble est tapé. Le retour se fait sans fanfare pour ne pas réveiller le petit.

Dixième étape ou "l'est où mon biberon?" : Prenez les deux premières étapes à l'envers et vous comprendrez que cela n'est pas si facile. Arrivé au deuxième étage, le biberon doit être préparé dans les plus brefs délais. Demain est un autre jour. La maman revient... Le papa attend son heure...