lettre_brut_p_VIa

Georges Perec a encore de beaux jours devant lui. "La disparition", son roman rédigé complètement sans la lettre "e" trouve un écho dans les babillages de Victor. La voyelle "a" prononcée en général deux fois est encerclée de nombreuses consonnes :  "w", "b", "c", "g", "n","m"... Toutes ? Non, car une consonne continue de résister. Victor a décidé, par pure démarche artistique, d'éviter la lettre "p". L'esquive est totale. Pas de "p" qui tienne et ce malgré les tentatives de corruptions. "Si tu prononces deux fois "p" avec des "a", tu auras ce magnifique biberon !"... Alors, "repeat after me" : "pa-pa"...  Rien, la gourmandise est pourtant son péché préféré....

En désespoir de cause, je me mets à rêver qu'il poursuive son mimétisme en écrivant SON "les revenentes" avec des "p" partout. Comment ? Il va finir par bégayer ?

En attendant, je lui montre l'exemple en chantonnant sur un air de Beethoven ou de Lady Gaga..."Pa-pa-pa-pa" .  Autant lui donner dès maintenant le goût pour la grande musique.

Soudain, je me ravise...Comment décourager une action artistique, un hommage littéraire, une démarche oulipienne si précoce ? Serait-il déjà un artiste capable d'exposer des centaines de boîtes de lait 2ème âge en guise de soupe Campbell ?

Je patiente en coloriant chaque rond des "P" que je rencontre. Dans la salle d'attente, j'attends qu'on m'appelle. Je répondrais seulement au doux nom de papa... Vous êtes prévenus.