18 avril 2009
Sa plus belle histoire d’amour, c’est NOUS
Pour brosser une nouvelle fois le portrait de nos petites séductions et autres relations intimes, Bastien Vives a choisi de nous crayonner en couleurs sur deux Bandes dessinées : "Dans mes yeux" et "la boucherie". L’abandon de la palette graphique et des fonds aquatiques du "goût du chlore" offre à son auteur l’occasion de renouveler son style en lui donnant l’apparence de la simplicité... L’apparence, seulement ; l’habileté du trait répondant parfaitement à la justesse du propos.
Bastien Vives connaît les désirs, les attentes, les failles, les petites faiblesses, les grandes joies, les moments suspendus des premiers instants amoureux, l’alchimie d’une rencontre, les regards échangés, les silences lourds de sens, cette voltige des sens et le doute...
En fin observateur de la chose amoureuse, Bastien Vives guette en deux temps les gestes qui font et défont l’amour.
Premier mouvement : "Dans mes yeux"
Voici une aventure dont vous êtes le héros. Vous voilà dans une bibliothèque universitaire en face d’ une jeune fille que vous observez avec intensité jusqu’à ce qu’elle lève les yeux de son livre... C’est bien vous qui la regardez. A l’instar de la caméra subjective du film "la femme défendue" de Philippe Harel, le crayon fait de vous un héros moderne et conquérant. Un héros muet dont on devine les paroles. De fil en aiguilles, des liens se nouent entre cette jeune fille et vous. La suite est évidemment à lire et à vivre. Un sentiment de déjà vécu peut s’insinuer dans les pages, vous faire même sourire et pourquoi pas vous émouvoir.
Second mouvement : "la boucherie"
... ou quand les ennuis commencent. Bastien Vives n’a pas oublié non plus les lendemains qui déchantent, les sanglots nocturnes inexpliqués, les mots qui manquent quand "tout est dit" et "les jeux sont faits". Dans la boucherie, le personnage masculin apparaît, les méprises aussi. Entre deux scènes du quotidien, des moments atypiques illustrent le déclin : saut en parachute dangereux, violence injustifiée... On se renvoie même la balle lors d’une partie de Ping Pong ! Cette "boucherie"est aussi un ballet des corps et des sentiments.
En deux mouvements, Bastien Vives vous fait entrer dans cette petite musique des sentiments et nous rappelle son universalité. C’est rare et plutôt beau.
07 juin 2008
Et mon amour inconnu
Ce jour n’est pas celui de Lancelot. Il apprend le décès de sa femme et prend conscience de ne pas connaître celle qu’il a tant aimée. D’autres jours suivent. Le mystère s’épaissit avant de s’éclaircir. D’autres jours hantent ses nuits : notamment celui de la rencontre avec cette femme, Irina. Une chaussure de femme très élégante pointure 37 tombée du ciel et finissant sa course folle sur le crâne de Lancelot débute une histoire pleine de promesses.
Cet homme nanti d’un prénom saugrenu et arthurien, découvre les coulisses d’une histoire qu’il pensait si simple : Il l’aime, elle l’aime, ils s’aiment et elle s’absente souvent pour des raisons professionnelles...
Lancelot, "Paul" selon sa femme, a le désagréable sentiment d’avoir été figurant de sa propre histoire. Et dire qu’il se pensait acteur !
Véronique Ovaldé nous entraîne par une écriture percutante dans un roman à énigmes peuplé de personnages surprenants et de détails insolites. Ce roman si singulier joue avec la langue, se joue du lecteur, le fait languir durant quelques décélérations avant d’assouvir sa curiosité par un vrai final. A vous maintenant de vous poser cette question : "Sait-on jamais avec qui l’on vit ?"
06 juin 2008
Juste le temps d'aimer
Avec un trait que l’on croirait au prime abord destiné aux plus jeunes, Lucie Durbiano croque les amours des grands ; des histoires sans lendemain, des conquêtes contrariées développées en quelques cases.
Pourtant, un jeune enfant pourrait se sentir en terrain familier : le petit chaperon rouge est bien celui que nous avons toujours connu (même si cette jeune personne drague honteusement le loup), Alice pourchasse bien un lapin (et lui pince les fesses), un escargot tombe amoureux (d’une sculpture)...
Sur un ton ingénu et charmant, Lucie Durbiano raconte des histoires d’amour qui finissent mal (en général) et les déceptions qu’entraîne l’amour physique (et sans issue).
En quelques pages, Lucie Durbiano réussit à réjouir le lecteur avec ses petites variations sur l’amour. Le style, déjà remarqué dans le très rohmérien "Orage et désespoir" continue ici à séduire. Derrière ces sept histoires, c’est la personnalité d’un auteur et son ton si singulier qui se dévoilent au fil des pages... En toute sensualité.
07 février 2008
De l'eau de rose coule sous les ponts de Londres
En pleine ère victorienne, de bal en bal, de mondanité en mondanité, Emma, modeste femme de chambre et William, gentleman de son état, s’éprennent l’un de l’autre. Un amour impossible se révèle dans les appartements du coeur de Londres. Emma n’est pas l’héroïne capricieuse du roman de Jane Austen, William n’est en aucun cas orgueilleux. Mais que de préjugés ! Un gentleman se doit de frayer avec une lady. Une femme de chambre avec un majordome. Quand la règle est enfreinte, l’histoire est belle. Le lecteur essuie une larme, tourne les pages de ce manga richement documenté et attend avec impatience le prochain volume. Le dessin est épuré, peu caractéristique des "Shojo" (manga pour les filles). Un amateur ou amatrice des romans de Jane Austen y puisera sans aucun doute un grand plaisir... Et moi, une découverte : on peut être "fleur bleue", même occasionnellement !





