ARNOlog

Journal peu intime...

07 janvier 2009

"Maudite Tamara !"

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"Mes amis, ne me laissez pas, non.
Ce soir je repars au combat,
maudite Tamara, puisque te v’là"

Après avoir très librement adapté Emma Bovary de Flaubert (Gemma Bovery, disponible à la médiathèque), voici le nouveau roman graphique de Posy Simmonds, très largement (et librement) inspiré du roman de Thomas Hardy qui fit scandale, à sa sortie en 1874, loin de la foule déchaînée.

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"Librement", "libre", "libertin"... Ici tout tourne autour de la liberté et ses variations. Pourtant, l’univers de Posy Simmonds paraît au premier abord restreint : "Loin de la foule déchaînée. Retraite studieuse pour écrivains. Accès facile par M96. Paysage superbe, belles balades. Huit studios calmes et confortables dans bâtiment de ferme convertis. ".

Dans ce petit village, tout est calme. Les vaches ruminent, les écrivains posent leur plume pour mieux réfléchir, les ados s’ennuient et squattent l’abri bus. Tout est calme.... Jusqu’à ce que Tamara, créature de rêve aux jambes interminables, revienne semer le trouble dans la gente masculine. "Mon cœur, mon cœur ne t’emballe pas, fais comme si tu ne savais pas, que la Tamara est revenue". Si Jacques Brel avait rencontré Tamara avant Mathilde, il ne s’en serait peut-être pas remis.

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La petite communauté est ébranlée. Les petites tromperies conjugales prennent une autre dimension avec Tamara. Bien plus tragique. Tous les coups sont permis dans ces relations adultérines sans foi ni loi. Entre Nicholas, l’écrivain à succès, Beth, son épouse qui ferme les yeux pour maintenir un semblant d’harmonie, Glen, l’universitaire, Andy, l’homme à tout faire, et la troublante Tamara, va s’installer un manège destructeur qui fait tourner les têtes avant de les faire perdre...

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Posy Simmonds croque des portraits criants de vérité. Les faiblesses des hommes, les petites trahisons entre amis et amoureux, la longueur des journées quand on est adolescent. Tout est dans les traits de l’auteur, mais pas seulement : cet ouvrage fait la part belle aux textes. Très loin d’une BD, il s’agit bel et bien d’un roman graphique. Ce terme qui a redonné ses lettres de noblesse est souvent mal utilisé aux bandes dessinées. Il trouve ici sa plus belle expression.

Peinture grinçante des moeurs, Tamara Drewe est à lire au coin du feu (si vous êtes nanti d’une cheminée) ou d’un radiateur...

Et Mathilde dans tout ça, me direz-vous ?

 

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04 janvier 2009

Au fil du deuil

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Une mer déchaînée submerge deux femmes. Sur la plage, deux frères entre deux âges se précipitent pour les sauver. Quand le calme succède à la tempête, les deux hommes héroïques passent leur chemin dans l’indifférence générale. De retour dans leur maison, l’un des deux frères, Pietro, découvre que durant le sauvetage d’une inconnue, sa femme a succombé à une rupture d’anévrisme, laissant derrière elle, son mari et sa fille de 10 ans. Pietro s’interroge devant l’équilibre de sa fille et le sien : non, ils ne vont pas mal ! Il s’attend pourtant à l’effondrement de ce fragile équilibre. Mais rien ne vient. Le jour de la rentrée des classes, Pietro informe sa fille qu’il a l’intention de rester toute la journée devant son école. A-t-il peur de craquer lorsqu’il franchira les portes de son bureau ? Craint-il que la peine submerge sa fille en son absence ? Est-ce la culpabilité de n’avoir pas été présent qui motive son geste ?

Après cette première journée, Pietro récidive : Sa voiture devient son bureau, le banc public du square son canapé, sa silhouette devient familière à ceux qui le croisent jour après jour. Devant sa sérénité, ses collègues baissent les masques, sa famille vient déposer aux pieds du sage Pietro ses peurs et ennuis. Comme on va à confesse, le monde vient à Pietro.

Pietro vit de l’extérieur la fusion de la chaîne de télévision avec un grand groupe international, trompe le chagrin en rythmant sa journée de petits rites : déclencher à distance les phares de sa voiture en guise de clins d’oeil à un petit enfant, désobéir à son GPS pour faire rire sa fille et vivre une relation sexuelle intense (et décriée par le Vatican !) avec ... A vous de deviner !
Succès en Italie, ce roman a été salué par la critique française avant de recevoir récemment le prix Femina du roman étranger 2008. Une adaptation au cinéma a été réalisée par Antonello Grimaldi. Pietro est interprété par Nanni Morretti, le talentueux acteur-réalisateur de "Journal Intime" ou "la chambre du fils" dans lesquels il observait déjà le quotidien de ses semblables et affrontait déjà les affres du deuil.
Parfois un peu longue, ce récit d'un deuil est mâtiné d'absurde... C'est sur un banc public qu'on attend Godot !


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06 juin 2008

Juste le temps d'aimer

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Avec un trait que l’on croirait au prime abord destiné aux plus jeunes, Lucie Durbiano croque les amours des grands ; des histoires sans lendemain, des conquêtes contrariées développées en quelques cases.

Pourtant, un jeune enfant pourrait se sentir en terrain familier : le petit chaperon rouge est bien celui que nous avons toujours connu (même si cette jeune personne drague honteusement le loup), Alice pourchasse bien un lapin (et lui pince les fesses), un escargot tombe amoureux (d’une sculpture)...

Sur un ton ingénu et charmant, Lucie Durbiano raconte des histoires d’amour qui finissent mal (en général) et les déceptions qu’entraîne l’amour physique (et sans issue).

En quelques pages, Lucie Durbiano réussit à réjouir le lecteur avec ses petites variations sur l’amour. Le style, déjà remarqué dans le très rohmérien "Orage et désespoir" continue ici à séduire. Derrière ces sept histoires, c’est la personnalité d’un auteur et son ton si singulier qui se dévoilent au fil des pages... En toute sensualité.

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02 mars 2008

Sea, sex and sun (after all)

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C'est un marronnier avant l'heure, le gagne pain des magazines conçus sous mode "xerox", la préoccupation de "Elle" et celle du parisien qui ose les lunettes de soleil dès les premières lueurs du printemps : L'été arrive et personne n'a pensé vous prévenir ! (sauf moi !)
Que faire? Vous inscrire dans une salle de sport, aller à la piscine pour essayer des maillots? Abandonner la partie et rester sur cet échec cuisant? Une solution moins dangereuse s'impose pourtant : Sébastien Tellier et son dernier album "sexuality". De la danse pour perdre des kilos, de la détente sur une chaise longue avec cocktail et chauffage à fond, et du sexe plein l'Ipod. Faut l'admettre, cette solution ne fait pas l'unanimité : mes collègues m'ont rué de coups lorsque les premières notes de "roche" ont retenti. Les insultes ont fusé : Sous-Indochine, Alain Chamfort du dimanche, Christophe en mieux et c'est dire que c'est nul, Jean-Michel Jarre dans le plus simple appareil... J'ai eu beau me faire avocat des sons pourris des années 80, du second degré du bonhomme Tellier, de la présence d'un Daft Punk à la production, de la couv' des Inrocks'. J'ai dû distribuer des sanctions disciplinaires pour calmer les esprits. Depuis, tout va mieux, l'ordre est rétabli. "sexuality" est léger, moite et n'a aucune autre prétention que celle de trouver les notes les plus suaves en harmonie avec les émois estivaux. C'est évidemment moins percutant que la "ritournelle" de l'album précédent, "politics", mais l'ensemble est très plaisant et délassant.

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Avec sa chemise débraillée de Gainsbarre et son robot de compagnie, Sébastien Tellier ravive les sons les plus 80's et la frivolité de la pop française des années 60. Superficiel, oui. Comme une balade à Biarritz, une chanson italienne avec un refrain à la rondo venezziano et un final avec des paroles entêtantes... Au milieu, un hommage au sport sexy en short en mousse. Et en photo, un clin d'oeil au film "Phantom of the paradise" de Brian de Palma.
Gainsbourg, Daft Punk, Brian De Palma. Superficiel? Pas tant que ça, après tout! 

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06 décembre 2007

Avant de tuer Bill...


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Aux prémices de l’ère Meiji, une jeune et magnifique femme, mise au monde uniquement pour assouvir la soif de vengeance de sa mère, élimine un à un les meurtriers de son père... Cette histoire vous évoque-t-elle le synopsis de "Kill Bill" ? Ce serait tout à fait justifié : en ouvrant ce manga datant du début des années 1970, vous entrez de plain pied dans une des sources d’inspiration de Quentin Tarantino. Le réalisateur américain emprunta à cette histoire la figure de la tueuse déterminée ainsi que des bribes de scènes et de dialogues. Déjà adapté au cinéma en 1974, ce manga a été longtemps oublié par les éditeurs français. Il s’agit pourtant d’une Bande dessinée de grande qualité, graphiquement très réussie, dont le scénario s’attache à décrypter la psychologie complexe de l’héroïne. Celle-ci navigue au cours des chapitres entre nobles causes et quête personnelle, manigances et scènes d’action. Le rythme est pourtant étourdissant et sans faiblesse. Pas de temps mort. Une violence moins frappante que dans les films de Tarantino : pas d’éclat rouge dans un manga en noir et blanc ! Une tonalité érotique et sensuelle le place pourtant dans la catégorie " pour public averti". Autant rajouter quelques avertissements : ce manga est une réussite exemplaire, un pavé de 500 pages pour les longues soirées d’hiver et... il n’est qu’en deux tomes !

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