ARNOlog

Journal peu intime...

24 janvier 2009

Une Caïpi à la main

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"Ce n’est pas impunément qu’on erre sous les palmiers, et les idées changent nécessairement dans un pays où les éléphants et les tigres sont chez eux"

 

Ainsi parlait Goethe. Et c’est en tirant de cette citation le titre de son roman que Jean-Marie Blas de Roblès, archéologue et grand voyageur, nous invite à tourner les premières pages de son roman impressionnant.

Impressionnant ? Oui, d’un point de vue quantitatif (800 pages au prime abord intimidantes et très efficaces pour muscler les avant-bras...) mais surtout pour la nature même de ce roman fleuve invitant tout bonnement à un drôle de voyage dans l’Histoire et dans le Brésil contemporain. L’auteur mêle habilement plusieurs histoires : Eléazard von Wogau, correspondant de presse dans la ville d’Alcâtara, au fin fond du Nordeste brésilien, reçoit un manuscrit constituant la biographie d’Athanase Kircher, un illustre jésuite de l’époque baroque, inventeur péremptoire et spécialiste en tout. La fille d’Eléazard, Noéma, est à la dérive dans une autre ville du Brésil. Son ex-femme, géologue, part en expédition au fin fond de l’Amazonie. Au même moment, dans les favelas, Nelson, un garçon infirme a soif de vengeance...

Comme dans un film de Robert Altman ("Short cuts" notamment), les personnages vivent leur histoire indépendamment des autres, jusqu’à l’indispensable croisement des destins, convoquant chacun dans les dernières pages du roman.

Chaque début de chapitre s’ouvre sur le formidable et pittoresque récit de la vie d’un homme singulier, un jésuite du XVIème siècle, érudit de son temps dont les théories ont cruellement perdu de leur intérêt de nos jours. Jean-Marie Blas de Roblès emprunte alors la vie d’un homme ayant bel et bien existé et la romance avec un style bien moins contemporain que celui utilisé dans le reste du livre.

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Roman d’aventure où la cachaça coule à flot, "là où les tigres sont chez eux" est une expérience littéraire qui tient en haleine. Débordant d’imagination, Jean-Marie Blas de Roblès signe un récit à plusieurs voix, un roman à plusieurs entrées qui saura ravir les lecteurs aventuriers.

Ce roman a remporté le prix Médicis, le prix fnac et le prix Jean Giono. Ci-dessous, une vidéo de l’auteur présentant son livre.

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04 janvier 2009

Au fil du deuil

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Une mer déchaînée submerge deux femmes. Sur la plage, deux frères entre deux âges se précipitent pour les sauver. Quand le calme succède à la tempête, les deux hommes héroïques passent leur chemin dans l’indifférence générale. De retour dans leur maison, l’un des deux frères, Pietro, découvre que durant le sauvetage d’une inconnue, sa femme a succombé à une rupture d’anévrisme, laissant derrière elle, son mari et sa fille de 10 ans. Pietro s’interroge devant l’équilibre de sa fille et le sien : non, ils ne vont pas mal ! Il s’attend pourtant à l’effondrement de ce fragile équilibre. Mais rien ne vient. Le jour de la rentrée des classes, Pietro informe sa fille qu’il a l’intention de rester toute la journée devant son école. A-t-il peur de craquer lorsqu’il franchira les portes de son bureau ? Craint-il que la peine submerge sa fille en son absence ? Est-ce la culpabilité de n’avoir pas été présent qui motive son geste ?

Après cette première journée, Pietro récidive : Sa voiture devient son bureau, le banc public du square son canapé, sa silhouette devient familière à ceux qui le croisent jour après jour. Devant sa sérénité, ses collègues baissent les masques, sa famille vient déposer aux pieds du sage Pietro ses peurs et ennuis. Comme on va à confesse, le monde vient à Pietro.

Pietro vit de l’extérieur la fusion de la chaîne de télévision avec un grand groupe international, trompe le chagrin en rythmant sa journée de petits rites : déclencher à distance les phares de sa voiture en guise de clins d’oeil à un petit enfant, désobéir à son GPS pour faire rire sa fille et vivre une relation sexuelle intense (et décriée par le Vatican !) avec ... A vous de deviner !
Succès en Italie, ce roman a été salué par la critique française avant de recevoir récemment le prix Femina du roman étranger 2008. Une adaptation au cinéma a été réalisée par Antonello Grimaldi. Pietro est interprété par Nanni Morretti, le talentueux acteur-réalisateur de "Journal Intime" ou "la chambre du fils" dans lesquels il observait déjà le quotidien de ses semblables et affrontait déjà les affres du deuil.
Parfois un peu longue, ce récit d'un deuil est mâtiné d'absurde... C'est sur un banc public qu'on attend Godot !


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08 novembre 2008

Polar en dédale

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Certains romans se visitent comme des villes : au détour d’une rue et d’une page, le visiteur est invité à se perdre dans les méandres d’un quartier et d’une intrigue. Qu’il est ou non confiance en son sens de l’orientation, le lecteur de "Garden of love" reviendra sur ses pas dans un bruissement de pages à la recherche d’un plan salvateur. Peut-être saura-t-il retrouver le bon chemin et entendre enfin "qui est qui" dans ce roman noir, très noir, "vieux" déjà d’un an.

Dès la surprenante ouverture érotique, Marcus Malte nous emmène à la visite de son univers singulier. Arrive ensuite l’événement fondateur : Alexandre, policier malmené par la vie, reçoit par courrier le manuscrit d’un roman que l’auteur anonyme a intitulé dans la langue de Shakespeare, "Garden of love". De page en page, les écrits mêlent la vérité des faits à une fiction décalée et dévastatrice où se croisent des personnages qui se dédoublent, empruntent au fantasme et à la poésie (en témoigne à cet égard ce passage métamorphosant l’espace d’un instant l’un des personnages féminins en rouge gorge).

Le dédale est totalement complet quand à chaque début de chapitre, une question s’insinue dans l’esprit du lecteur : "s’agit-il du manuscrit ou du récit de la vraie vie du narrateur, Alexandre ?". Souvent troublant, parfois agaçant, mais toujours captivant, ce roman de Marcus Malte est une indéniable réussite qui depuis a été suivie d’un recueil de nouvelles, "toute la nuit devant nous". A la lecture de son précédent roman et le foisonnement d’histoires qui s’entrechoquent entre elles, l’exercice de la nouvelle ne peut que lui coller à la peau...

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13 juillet 2008

Petit swap entre amis

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Swap [swap] 1 n troc m, échange m 2 vt échanger, troquer... "swap" comme le titre du roman d'Anthony Moore (pseudo d'un psy anglais). Les premières pages sont celles d'un troc, d'un échange, en un mot d'un "swap" entre deux enfants, l'un populaire, Harvey (H pour les intimes) et l'autre, bouc émissaire officiel du collège d'une petite ville de Cormouailles.  L'objet du deal ? Un comic, Superman numéro 1, échangé contre un malheureux bout de caoutchouc. Harvey ne s'en remettra pas : le comic a pris une valeur indécente.... Devenu adulte et libraire de BD, il a un but dans sa vie (retrouver ce graal) et un sujet de conversation ("tout ce qui aurait pu m'arriver si ...").
Comme chaque année, il accepte l'invitation des retrouvailles des anciens combattants, un rendez-vous de la "place des grands hommes", organisé par l'amicale du collège (oui,"un copain d'avant" en  chair et en os). L'occasion de retrouver sa chambre d'ados, ses parents et ses copains qui n'ont pas changé. A cette réunion, le miracle se produit : le brimé revient sur le lieu de ses brimades. Une occasion pour Harvey de tenter de lui soustraire la BD par tous les moyens... Stop ! C'est juste le point de départ. Le reste du roman n'est pas à dévoiler. D'autres l'ont fait (et je suis rancunier).
L'auteur est un psy et ça se lit. Les traumatismes de l'enfance sont bien écrits noir sur blanc. Le portrait du "loser" londonien revenant parmi les siens est très bien vu... Le livre est drôle, rappelle parfois le "haute fidélité" de Nick Hornby. Il mérite sa place sur la plage, dans le métro, chez vous, chez toi et chez moi...

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07 juin 2008

Et mon amour inconnu

 

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Ce jour n’est pas celui de Lancelot. Il apprend le décès de sa femme et prend conscience de ne pas connaître celle qu’il a tant aimée. D’autres jours suivent. Le mystère s’épaissit avant de s’éclaircir. D’autres jours hantent ses nuits : notamment celui de la rencontre avec cette femme, Irina. Une chaussure de femme très élégante pointure 37 tombée du ciel et finissant sa course folle sur le crâne de Lancelot débute une histoire pleine de promesses.

Cet homme nanti d’un prénom saugrenu et arthurien, découvre les coulisses d’une histoire qu’il pensait si simple : Il l’aime, elle l’aime, ils s’aiment et elle s’absente souvent pour des raisons professionnelles...

Lancelot, "Paul" selon sa femme, a le désagréable sentiment d’avoir été figurant de sa propre histoire. Et dire qu’il se pensait acteur !

Véronique Ovaldé nous entraîne par une écriture percutante dans un roman à énigmes peuplé de personnages surprenants et de détails insolites. Ce roman si singulier joue avec la langue, se joue du lecteur, le fait languir durant quelques décélérations avant d’assouvir sa curiosité par un vrai final. A vous maintenant de vous poser cette question : "Sait-on jamais avec qui l’on vit ?"

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03 mars 2008

Un Médicis sans lendemain

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La guerre des prix littéraires a bien eu lieu. Accélérateur de ventes, convoité de toute part, le prix littéraire pérennise et sacralise la place du lauréat sur la table du libraire, augmente le nombre de réservations dans les bibliothèques et offre une lumière médiatique bienvenue dans le monde des lettres. Parlons du label "Médicis" et plus particulièrement de celui qui fut avant le sacre de Chagrin d’école de Daniel Pennac, le favori, Un roi sans lendemain de Christophe Donner.

L'auteur partage avec Daniel Pennac un goût pour le personnel, l'autobiographique et la fiction enrichie par le réel. Christophe Donner se frotte à une des périodes les plus passionnantes et complexes de notre histoire, la Révolution française. Souvent considérée comme l'apanage des "historiens torturés" voire comme une punition scolaire, la Révolution bouscule le temps en réinventant un nouveau calendrier, transforme la vie et l'ordre en offrant une déclaration des  droits de l'homme et l'abolition des privilèges. Elle est pourtant meurtrière. Elle tue notamment l'enfant du temple, Louis XVII, par la main de l'inventeur du Père Duchesne, le journal satirique publié à cette période, Jacques Hébert. C'est là la grande découverte d'Henri Norden, déguisement de l'auteur, à qui on demande l'écriture d'un scénario d'un film sur la vie et les souffrances du jeune Dauphin. Entre des recherches à la Bibliothèque Nationale et des joutes verbales avec les producteurs peu enclins à se laisser charmer par les idées de l'écrivain, Henri Norden tombe amoureux d'une dévoreuse d'olives.
Il se consacre pourtant pleinement à découvrir l'ascendance des deux protagonistes de l'histoire : Louis XVII et Jacques Hébert (voir portrait ci-dessous). Quelques temps après la sortie du très réussi film de Sofia Coppola, Marie Antoinette, Christophe Donner vous entraîne dans les couloirs de Versailles, réécrivant l'histoire par petites retouches intimes.

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L'auteur propose une narration multiple et entraînante. Sur un ton souvent léger, il enquête sur le meurtre et ses raisons. Il interroge également notre lecture contemporaine de cette période historique, cette rupture souhaitée qui n'aboutit qu'à l'Empire et la Restauration. A partir de portraits originaux, Christophe Donner souligne cette aspiration au bouleversement  :"C'est bien la question qui se pose à la Révolution : est-ce qu'hier va continuer encore longtemps ? L'enfant qui la pose est à jamais prisonnier d'hier, un roi sans lendemain." Il surligne surtout avec force la violence, matrice de la Révolution en lieu et place des idées. Le roi sans lendemain en est la victime.

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