17 octobre 2008
Savourer les sourires
La culture française est-elle à l’honneur au pays du soleil levant ou les éditeurs français se précipitent-ils aujourd’hui sur les mangas exploitant un certain exotisme français ? Telle est la question que soulève la lecture des récents "Gouttes de Dieu" et "le restaurant du bonheur". Le vin français d’un côté, la gastronomie française de l’autre pour deux séries très bien réalisées. Quand les personnages goûtent aux joies de la table, la référence absolue est celle de la France (cocorico !). Dernier exemple en date : "le restaurant du bonheur".
Un jeune homme s’ingénie à perpétuer le goût de son défunt père pour la cuisine française. Son apprentissage est long, ses errances aussi. Heureusement, sa belle-mère est là pour maintenir ce qui fait le sel du restaurant familial, "le doll house" : ceux qui entrent et dégustent les plats cuisinés ressortent avec un sourire éclatant !
Le bonheur est aussi simple à atteindre. Suffit de connaître la bonne adresse !
La cuisine du "restaurant du bonheur" guérit les maux de chacun, redonne le goût de vivre à ceux qui l’ont perdu, rappelle des souvenirs émus, transporte au-delà des frontières nippones ! Merci qui ? Merci la cuisine française.
Ces courtes histoires autour de recettes miracles et de guérisons miraculeuses des clients sont tour à tour émouvantes, drôles et ... coquines. De quoi ravir le lecteur.
A la carte, ce manga propose aussi des recettes mêlant habilement les cuisines japonaises et françaises.
Un manga pour les amoureux de la gastronomie et pour ceux qui ont adoré la série "Aya, conseillère culinaire" !
A propos, voici mes restaurants du bonheur : Han Lim, l'olivier du village, le relais d'Asie... déjà présentés sur ce blog.
20 août 2008
Le Bourgogne vous va si bien
L’influence des auteurs de manga au Japon est considérable. Les modes se font et se défont sous les plumes de ces brillants dessinateurs. Dernier exemple en date : les "gouttes de Dieu" qui ont permis aux Japonais de se passionner pour l’un des fleurons de notre culture, l’oenologie. Après s’être passionnés pour le métier de boulanger (Yakitate Japan), de grand cuisinier (Aya, conseillère culinaire et le restaurant du bonheur), et d’homme politique (Eagle), les Japonais lèvent leur verre pour admirer la robe du vin, les font légèrement tourner avant de déguster des grands crus avec délicatesse et modération (évidemment).
A la lecture de ce manga, les raisons d’un tel engouement sont tout à fait compréhensibles. Son efficacité est redoutable et l’intrigue, très réussie : Un œnologue japonais réputé, collectionneur de bouteilles prestigieuses, décède en laissant sa fabuleuse cave en héritage, par le biais d’un testament sous forme de chasse au trésor. Son fils devra partir sur les traces des douze grands crus, puis d’un treizième, baptisé les "gouttes de Dieu".
Le lecteur découvre en même temps que le personnage principal les bases de l’oenologie. En préface, Michel Dovaz et Philippe Bourguignon, grands spécialistes du vin, chantent les louanges de ce "mangavino", un manga entre fiction et documentaire qui nous initie aux secrets du vin.
Les amateurs de vins et de BD peuvent enfin se rencontrer autour d'un verre :
ce manga leur va si bien..
A propos, vous êtes plutôt Bourgogne ou Bordeaux ?
En ce qui me concerne, la réponse est dans le titre qui est, évidemment, une allusion à la BD de Lucie Durbiano, "le rouge vous va si bien"...
01 mars 2008
Saitô’s Anatomy
Urgences, Grey’s Anatomy, Docteur House et maintenant... "Say hello to Black Jack" ! De la série télé aux mangas, il n’y a qu’un pas qu’il faut franchir. Vous adorez les ambiances de bloc opératoire ? les cas difficiles sur fond de relations amoureuses ? la bonne "vieille ambiguîté" entre deux personnages en blouse ? sans parler des fameux cas de consciences et interrogations lors des rares pauses (pourquoi suis-je donc médecin ?)" ? Tous ses ingrédients sont dans la recette de "say hello to Black Jack". Ce manga, culte au Japon, rend tout aussi dépendant que les séries TV. Osons la comparaison et la généralisation : les mangas et les grandes séries américaines ou anglaises ont un indéniable point commun, l’addiction !
Ici, le propos de départ est somme toute classique : un jeune interne Saitô découvre le monde des hôpitaux et passe d’un service à l’autre (médecine interne, cancérologie, psychiatrie...). Il découvre avec le lecteur les graves dysfonctionnements du système de santé nippon, se révolte et tente de changer les mentalités de ses interlocuteurs. Il y parvient parfois. L’auteur du manga a pour sa part totalement accomplit ses objectifs : les lecteurs ont pris conscience de l’injustice de ce système. Le gouvernement a même pris des mesures concrètes en faveur des hôpitaux. Outre ce phénomène de société, les volumes sont tour à tour émouvants, troublants... en particulier ceux consacrés aux services de la cancérologie et de la réanimation néonatale qui soulèvent les questions qui blessent et humidifient avec régularité le mouchoir en papier du lecteur prévoyant (et émotif). Syuho Sato a écrit et dessiné un véritable parcours initiatique : au fil de ses doutes, son caractère s’affine, il revient sur ses certitudes pour le plus grand bien de ses patients. Pour les amateurs de manga : le titre de cette série est une référence à un des plus grands personnages d’Osamu Tezuka : Black Jack, chirurgien justicier... l’exemple de l’interne Saitô ! Pour les amateurs de série : ce manga a été adapté avec des acteurs en chair et en os pour la télévision japonaise !
Pour couronner le tout, me voilà totalement addict de la série "grey's anatomy", découverte sur le tard et hautement recommandable à tous ceux qui savent apprécier les longs regards langoureux entre un médecin et une interne !
Pour en savoir plus : ici
Et puis, le générique très réussi de Grey's Anatomy :
07 février 2008
De l'eau de rose coule sous les ponts de Londres
En pleine ère victorienne, de bal en bal, de mondanité en mondanité, Emma, modeste femme de chambre et William, gentleman de son état, s’éprennent l’un de l’autre. Un amour impossible se révèle dans les appartements du coeur de Londres. Emma n’est pas l’héroïne capricieuse du roman de Jane Austen, William n’est en aucun cas orgueilleux. Mais que de préjugés ! Un gentleman se doit de frayer avec une lady. Une femme de chambre avec un majordome. Quand la règle est enfreinte, l’histoire est belle. Le lecteur essuie une larme, tourne les pages de ce manga richement documenté et attend avec impatience le prochain volume. Le dessin est épuré, peu caractéristique des "Shojo" (manga pour les filles). Un amateur ou amatrice des romans de Jane Austen y puisera sans aucun doute un grand plaisir... Et moi, une découverte : on peut être "fleur bleue", même occasionnellement !
26 janvier 2008
Caucus nippons
Les élections primaires aux Etats-Unis ont débuté voici quelques mois. La bataille fait rage, les débats sont passionnants : Obama, Clinton, McCain... Tous avec une même aspiration, la présidence des Etats Unis. Manque juste à l’appel le sénateur Kenneth Yamaoka qui n’est candidat que dans le manga de Kawaguchi, "eagle". D’origine japonaise, ce sénateur est un redoutable homme politique, suivi par une équipe dévouée à la cause de leur champion, échafaudant des stratégies pour lui assurer la meilleure place face aux candidats de son propre parti. Vous espérez la parution du livre "les élections américaines pour les nuls" ? Vous ne comprenez pas grand chose aux "caucus" et au système des élections américaines ? Ce manga est pour vous ! Outre l’intérêt pédagogique de cette Bande dessinée, le scénario est palpitant : un jeune journaliste japonais est envoyé aux Etats Unis pour suivre la campagne électorale du candidat Yamaoka, il entre de plain pied dans un univers où se mêlent la politique, la sphère économique, les sentiments... et les faux semblants ! Assez proche aussi de la première saison de la série télévisée "24 heures", ce manga est une approche très intéressante de la politique et des enjeux d’une élection, vécue comme un véritable sport de combat !
06 décembre 2007
Avant de tuer Bill...
Aux prémices de l’ère Meiji, une jeune et magnifique femme, mise au monde uniquement pour assouvir la soif de vengeance de sa mère, élimine un à un les meurtriers de son père... Cette histoire vous évoque-t-elle le synopsis de "Kill Bill" ? Ce serait tout à fait justifié : en ouvrant ce manga datant du début des années 1970, vous entrez de plain pied dans une des sources d’inspiration de Quentin Tarantino. Le réalisateur américain emprunta à cette histoire la figure de la tueuse déterminée ainsi que des bribes de scènes et de dialogues. Déjà adapté au cinéma en 1974, ce manga a été longtemps oublié par les éditeurs français. Il s’agit pourtant d’une Bande dessinée de grande qualité, graphiquement très réussie, dont le scénario s’attache à décrypter la psychologie complexe de l’héroïne. Celle-ci navigue au cours des chapitres entre nobles causes et quête personnelle, manigances et scènes d’action. Le rythme est pourtant étourdissant et sans faiblesse. Pas de temps mort. Une violence moins frappante que dans les films de Tarantino : pas d’éclat rouge dans un manga en noir et blanc ! Une tonalité érotique et sensuelle le place pourtant dans la catégorie " pour public averti". Autant rajouter quelques avertissements : ce manga est une réussite exemplaire, un pavé de 500 pages pour les longues soirées d’hiver et... il n’est qu’en deux tomes !
02 décembre 2007
Aya du "relais d'Asie"
Attention lecteurs! Cette aya n’est pas Aya de Yopougon, la fameuse Ivoirienne créée par Marguerite Abouet et Clément Oubrerie. La jeune femme dont il est question ici est l’héroïne d’un nouveau manga , une jeune femme japonaise conseillère culinaire de profession qui fait et défait les réputations des restaurants. Sous la forme d’un recueil de nouvelles, ce manga suit les aventures réjouissantes de cette femme au caractère bien trempée et de son disciple qui, mi-admiratif, mi-agacé, souffre et découvre un métier sans pitié ! Cette BD dont le quatrième volume sort ces jours-ci, est aussi une fantastique immersion dans le monde gastronomique japonais et dans les coulisses des grands restaurants. Autour de plats finement cuisinés, les personnages se montrent dans toute leur fragilité.
Une faiblesse en amenant une autre, l'appétit venant en lisant, le papier c'est bien, mais mieux vaut passer à table pour se substanter : nous voici devant la porte d'un formidable restaurant franco-asiatique, exquis, savoureux, en un mot comme en plusieurs : "le relais d'Asie". Au sommet de la Montagne Sainte Geneviève, dans la rue du même nom, au 47, entrez, laissez vous tenter par le menu Umé, casser les baguettes en deux, dégustez les amuses bouches (un sushi et deux mets délicats et délicieux à base de boeuf et de crevettes), une soupe miso d'une rare saveur, puis choisissez deux demi-portions... Je me suis laissé aller à une dégustation de tempuras de champignons d'Automne accompagnés de sel au thé vert et de citron de la même couleur (extra!), puis la noix d'entrecôte grillée à la citronnelle accompagnée d'un délicieux gratin dauphinois... Le plus simple appareil et le meilleur! Puis en dessert, des tempuras de mangue et de banane. Seul bémol : le papier peint défraîchi... Mais, le resto est ancré dans un magnifique quartier à deux pas du Panthéon et de l'église Saint-Etienne du Mont. Autre bémol me chuchote-t-on, ce n'est pas donné (environ 35 € le menu). Mais la saveur a bien un prix... A noter également que le cuistot a un mini atelier d'horlogerie à l'entrée de son restaurant. De quoi régler sa montre à l'heure de Tokyo!
Aya est au chômage technique avec un tel resto...











