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Journal peu intime...

13 juillet 2008

Petit swap entre amis

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Swap [swap] 1 n troc m, échange m 2 vt échanger, troquer... "swap" comme le titre du roman d'Anthony Moore (pseudo d'un psy anglais). Les premières pages sont celles d'un troc, d'un échange, en un mot d'un "swap" entre deux enfants, l'un populaire, Harvey (H pour les intimes) et l'autre, bouc émissaire officiel du collège d'une petite ville de Cormouailles.  L'objet du deal ? Un comic, Superman numéro 1, échangé contre un malheureux bout de caoutchouc. Harvey ne s'en remettra pas : le comic a pris une valeur indécente.... Devenu adulte et libraire de BD, il a un but dans sa vie (retrouver ce graal) et un sujet de conversation ("tout ce qui aurait pu m'arriver si ...").
Comme chaque année, il accepte l'invitation des retrouvailles des anciens combattants, un rendez-vous de la "place des grands hommes", organisé par l'amicale du collège (oui,"un copain d'avant" en  chair et en os). L'occasion de retrouver sa chambre d'ados, ses parents et ses copains qui n'ont pas changé. A cette réunion, le miracle se produit : le brimé revient sur le lieu de ses brimades. Une occasion pour Harvey de tenter de lui soustraire la BD par tous les moyens... Stop ! C'est juste le point de départ. Le reste du roman n'est pas à dévoiler. D'autres l'ont fait (et je suis rancunier).
L'auteur est un psy et ça se lit. Les traumatismes de l'enfance sont bien écrits noir sur blanc. Le portrait du "loser" londonien revenant parmi les siens est très bien vu... Le livre est drôle, rappelle parfois le "haute fidélité" de Nick Hornby. Il mérite sa place sur la plage, dans le métro, chez vous, chez toi et chez moi...

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21 juin 2008

La plouf attitude II

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Après un premier épisode consacré à la plouf attitude (ici),voici un second épisode autour de l'eau chlorée et de son goût si particulier... Vous avez rêvé d'une BD sur votre discipline sportive préférée, Bastien Vivès l'a fait !
Rappel pour les néophytes, le rituel du parfait petit nageur est celui-ci : vestiaire, passage obligatoire sous la douche et dans le pédiluve, expression de vif étonnement ("l’est froiiiiide !"), crawl, brasse coulée, dos crawlé (sans rétro), accélération, ralentissement, slalom, esquive horizontale ou verticale (vive le sous l’eau), passage réconfortant sous la douche chaude et retour fourbu dans les vestiaires...

Dans le goût du chlore, une bande dessinée de Bastien Vivès (voir son blog ici), un jeune homme se rend à la piscine une fois par semaine, contraint et forcé par son kiné et un mal de dos persistant. Assourdi par un très joli bonnet bleu, il s’élance dans l’eau turquoise et chlorée du bassin. Le monde du silence est à sa portée, seuls les quelques battements des autres nageurs le distraient dans sa tâche... jusqu’au jour où une jeune nageuse, bien plus douée que lui, capte son attention. De mercredi en mercredi, le jeune homme l’attend, s’inquiète de ses retards et ose un beau jour lui adresser la parole.

Elle lui donne alors quelques conseils de natation (le lecteur en bénéficie également) et se dévoile à lui par épisode, le temps d’une pause entre deux longueurs. Lorsqu’elle ne vient pas, il touche "le fond de la piscine". L’émoi est bel et bien là, d’une case à la suivante. La piscine est ici le théâtre d’une jolie rencontre. Le goût du chlore est sensible, intime et pudique, tout en silence et en retenue. De quoi y puiser la force d'aller et de retourner à la piscine !

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07 juin 2008

Et mon amour inconnu

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Ce jour n’est pas celui de Lancelot. Il apprend le décès de sa femme et prend conscience de ne pas connaître celle qu’il a tant aimée. D’autres jours suivent. Le mystère s’épaissit avant de s’éclaircir. D’autres jours hantent ses nuits : notamment celui de la rencontre avec cette femme, Irina. Une chaussure de femme très élégante pointure 37 tombée du ciel et finissant sa course folle sur le crâne de Lancelot débute une histoire pleine de promesses.

Cet homme nanti d’un prénom saugrenu et arthurien, découvre les coulisses d’une histoire qu’il pensait si simple : Il l’aime, elle l’aime, ils s’aiment et elle s’absente souvent pour des raisons professionnelles...

Lancelot, "Paul" selon sa femme, a le désagréable sentiment d’avoir été figurant de sa propre histoire. Et dire qu’il se pensait acteur !

Véronique Ovaldé nous entraîne par une écriture percutante dans un roman à énigmes peuplé de personnages surprenants et de détails insolites. Ce roman si singulier joue avec la langue, se joue du lecteur, le fait languir durant quelques décélérations avant d’assouvir sa curiosité par un vrai final. A vous maintenant de vous poser cette question : "Sait-on jamais avec qui l’on vit ?"

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06 juin 2008

Juste le temps d'aimer

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Avec un trait que l’on croirait au prime abord destiné aux plus jeunes, Lucie Durbiano croque les amours des grands ; des histoires sans lendemain, des conquêtes contrariées développées en quelques cases.

Pourtant, un jeune enfant pourrait se sentir en terrain familier : le petit chaperon rouge est bien celui que nous avons toujours connu (même si cette jeune personne drague honteusement le loup), Alice pourchasse bien un lapin (et lui pince les fesses), un escargot tombe amoureux (d’une sculpture)...

Sur un ton ingénu et charmant, Lucie Durbiano raconte des histoires d’amour qui finissent mal (en général) et les déceptions qu’entraîne l’amour physique (et sans issue).

En quelques pages, Lucie Durbiano réussit à réjouir le lecteur avec ses petites variations sur l’amour. Le style, déjà remarqué dans le très rohmérien "Orage et désespoir" continue ici à séduire. Derrière ces sept histoires, c’est la personnalité d’un auteur et son ton si singulier qui se dévoilent au fil des pages... En toute sensualité.

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13 avril 2008

Colombey-les-deux-plages

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Suite à l’échec électoral de son parti, le général de Gaulle entame en 1955 sa fameuse "traversée du désert". C’est cet homme, les pieds dans le sable, retiré pour écrire ses mémoires, que Jean-Yves Ferri dessine dans son nouvel album, De Gaulle à la plage.

Petite différence notable : L’auteur a choisi (et c’est son droit) de nous raconter la traversée de la plage du grand homme. Pourvu pour l’occasion de magnifiques tongs prises sur l’ennemi viêt, d’un aide de camp haut comme trois pommes, d’une épouse jalouse (Yvonne), et de sa descendance (un adolescent travaillé par ses hormones), le Général de Gaulle observe les éléments et goûte aux joies du farniente... Mais la tranquillité a ses limites et le tableau de famille ne serait totalement complet si on omettait de parler du chien, capture de guerre et rejeton du chien-loup d’Hitler. Son nom ? Wehrmacht ! Son aboiement ? Reich ! L’ennemi est encore tapi dans l’ombre.

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Quel est le plan d’attaque de cette fine équipe ? écriture de ses mémoires, baignades autorisées, crises d’égo avec Churchill et ... romance avec une magnifique naïade ! Selon la presse, Grace Kelly aurait même succombé aux avances du Général.

Très fantaisiste et drôle, cet album de Jean-Yves Ferri aux résonances très contemporaines, est constitué de courtes histoires en strips. La forme rappelle beaucoup la série "Retour à la Terre"qu’il a aussi réalisé avec Manu Larcenet.

Jean-Yves Ferri écrit et dessine seul ce volume et nous fait espérer une suite. Avec d’autres présidents ?

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09 avril 2008

Carré noir sur fond noir

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Fermons les yeux pour lire, frôlons du doigt les couleurs que nous présente Thomas, glissons sur le braille pour atterrir ensuite sur la partie la plus sensible et la plus difficile à appréhender : les illustrations. Depuis Rimbaud, nous savons que les voyelles portent des couleurs... Ici un cerf volant représente le bleu du ciel, des plumes le jaune d’un poussin, l’herbe fraichement coupée évoque au jeune Thomas la couleur verte. Thomas ne voit pas. Il ressent ce qu’il ne peut voir. Les autres sens en éveil, il évoque le goût et le parfum des couleurs.

Ouvrons les yeux, le noir brillant du braille et des illustrations contraste subtilement avec le fond noir de la page. En 1918, Malevitch réalise un acte artistique sans précédent en peignant "le carré blanc sur fond blanc" : du blanc peint dans le sens horizontal, puis vertical pour distinguer le carré du fond de la toile. 90 ans plus tard, Menena Cottin et Rosana Faria réalisent un album noir sur fond noir. Le relief et la brillance permettent de distinguer les formes et incitent au toucher (c’est autorisé !). Album émouvant et superbe, le livre noir des couleurs est d’une grande richesse poétique. Il interroge notre environnement (pourquoi se contenter de voir les couleurs quand on peut les sentir et les associer à des sensations ?) et aborde le thème de la cécité avec subtilité. Album pour voyants et non voyants, il mêle le braille aux lettres blanches du texte.

Apportons en guise de conclusion, la dernière touche noire au tableau : "Pour Thomas, la plus belle des couleurs, c’est le noir. Il trouve qu’il a la douceur rassurante de la soie quand sa mère l’embrasse et qu’elle l’enveloppe dans sa chevelure"

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04 mars 2008

Dessine-moi un fennec !

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Le petit Prince de Saint Exupery n’a pas croisé de fennec, mais bien un renard dont la courtoisie a charmé de nombreuses générations de lecteurs. Au premier abord, le "fennec" de Yoann et de Lewis Trondheim serait lui-aussi susceptible d’être apprivoisé. En y regardant de plus près, il n’a que les apparences d’un gentil renard, il est l’une des nombreuses créatures de Trondheim... Aucune sagesse, mais beaucoup d’humour ! Il en faut car le désert est un monde impitoyable : des serpents cherchent à le mordre, les hyènes sont à l’affût, un phacochère idiot le suit comme son ombre, un perroquet est médium, un gorille médecin... Tous les animaux évoluant sur le sable chaud sont tous désespérants. Pourquoi le fennec rencontre-t-il autant d’énergumènes ? Il est à la recherche du collier magique qui apporte la pluie. Ce collier devrait lui permettre de se débarrasser une bonne fois pour toute de ces maudits serpents. Etonnant, non ? Découpée en strips et magnifiquement illustrée par Yoann, cette BD animalière aux couleurs sauvages est un véritable road movie sur le sable, un périple à vous faire oublier feu "le Paris Dakar". Une BD charmante et très réussie à découvrir les pieds dans le sable.

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03 mars 2008

Un Médicis sans lendemain

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La guerre des prix littéraires a bien eu lieu. Accélérateur de ventes, convoité de toute part, le prix littéraire pérennise et sacralise la place du lauréat sur la table du libraire, augmente le nombre de réservations dans les bibliothèques et offre une lumière médiatique bienvenue dans le monde des lettres. Parlons du label "Médicis" et plus particulièrement de celui qui fut avant le sacre de Chagrin d’école de Daniel Pennac, le favori, Un roi sans lendemain de Christophe Donner.

L'auteur partage avec Daniel Pennac un goût pour le personnel, l'autobiographique et la fiction enrichie par le réel. Christophe Donner se frotte à une des périodes les plus passionnantes et complexes de notre histoire, la Révolution française. Souvent considérée comme l'apanage des "historiens torturés" voire comme une punition scolaire, la Révolution bouscule le temps en réinventant un nouveau calendrier, transforme la vie et l'ordre en offrant une déclaration des  droits de l'homme et l'abolition des privilèges. Elle est pourtant meurtrière. Elle tue notamment l'enfant du temple, Louis XVII, par la main de l'inventeur du Père Duchesne, le journal satirique publié à cette période, Jacques Hébert. C'est là la grande découverte d'Henri Norden, déguisement de l'auteur, à qui on demande l'écriture d'un scénario d'un film sur la vie et les souffrances du jeune Dauphin. Entre des recherches à la Bibliothèque Nationale et des joutes verbales avec les producteurs peu enclins à se laisser charmer par les idées de l'écrivain, Henri Norden tombe amoureux d'une dévoreuse d'olives.
Il se consacre pourtant pleinement à découvrir l'ascendance des deux protagonistes de l'histoire : Louis XVII et Jacques Hébert (voir portrait ci-dessous). Quelques temps après la sortie du très réussi film de Sofia Coppola, Marie Antoinette, Christophe Donner vous entraîne dans les couloirs de Versailles, réécrivant l'histoire par petites retouches intimes.

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L'auteur propose une narration multiple et entraînante. Sur un ton souvent léger, il enquête sur le meurtre et ses raisons. Il interroge également notre lecture contemporaine de cette période historique, cette rupture souhaitée qui n'aboutit qu'à l'Empire et la Restauration. A partir de portraits originaux, Christophe Donner souligne cette aspiration au bouleversement  :"C'est bien la question qui se pose à la Révolution : est-ce qu'hier va continuer encore longtemps ? L'enfant qui la pose est à jamais prisonnier d'hier, un roi sans lendemain." Il surligne surtout avec force la violence, matrice de la Révolution en lieu et place des idées. Le roi sans lendemain en est la victime.

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01 mars 2008

Saitô’s Anatomy

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Urgences, Grey’s Anatomy, Docteur House et maintenant... "Say hello to Black Jack" ! De la série télé aux mangas, il n’y a qu’un pas qu’il faut franchir. Vous adorez les ambiances de bloc opératoire ? les cas difficiles sur fond de relations amoureuses ? la bonne "vieille ambiguîté" entre deux personnages en blouse ? sans parler des fameux cas de consciences et interrogations lors des rares pauses (pourquoi suis-je donc médecin ?)" ? Tous ses ingrédients sont dans la recette de "say hello to Black Jack". Ce manga, culte au Japon, rend tout aussi dépendant que les séries TV. Osons la comparaison et la généralisation : les mangas et les grandes séries américaines ou anglaises ont un indéniable point commun, l’addiction !

Ici, le propos de départ est somme toute classique : un jeune interne Saitô découvre le monde des hôpitaux et passe d’un service à l’autre (médecine interne, cancérologie, psychiatrie...). Il découvre avec le lecteur les graves dysfonctionnements du système de santé nippon, se révolte et tente de changer les mentalités de ses interlocuteurs. Il y parvient parfois. L’auteur du manga a pour sa part totalement accomplit ses objectifs : les lecteurs ont pris conscience de l’injustice de ce système. Le gouvernement a même pris des mesures concrètes en faveur des hôpitaux. Outre ce phénomène de société, les volumes sont tour à tour émouvants, troublants... en particulier ceux consacrés aux services de la cancérologie et de la réanimation néonatale qui soulèvent les questions qui blessent et humidifient avec régularité le mouchoir en papier du lecteur prévoyant (et émotif). Syuho Sato a écrit et dessiné un véritable parcours initiatique : au fil de ses doutes, son caractère s’affine, il revient sur ses certitudes pour le plus grand bien de ses patients. Pour les amateurs de manga : le titre de cette série est une référence à un des plus grands personnages d’Osamu Tezuka : Black Jack, chirurgien justicier... l’exemple de l’interne Saitô ! Pour les amateurs de série : ce manga a été adapté avec des acteurs en chair et en os pour la télévision japonaise !

Pour couronner le tout, me voilà totalement addict de la série "grey's anatomy", découverte sur le tard et hautement recommandable à tous ceux qui savent apprécier les longs regards langoureux entre un médecin et une interne !


Pour en savoir plus : ici

Et puis, le générique très réussi de Grey's Anatomy :

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07 février 2008

De l'eau de rose coule sous les ponts de Londres

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En pleine ère victorienne, de bal en bal, de mondanité en mondanité, Emma, modeste femme de chambre et William, gentleman de son état, s’éprennent l’un de l’autre. Un amour impossible se révèle dans les appartements du coeur de Londres. Emma n’est pas l’héroïne capricieuse du roman de Jane Austen, William n’est en aucun cas orgueilleux. Mais que de préjugés ! Un gentleman se doit de frayer avec une lady. Une femme de chambre avec un majordome. Quand la règle est enfreinte, l’histoire est belle. Le lecteur essuie une larme, tourne les pages de ce manga richement documenté et attend avec impatience le prochain volume. Le dessin est épuré, peu caractéristique des "Shojo" (manga pour les filles). Un amateur ou amatrice des romans de Jane Austen y puisera sans aucun doute un grand plaisir... Et moi, une découverte : on peut être "fleur bleue", même occasionnellement !

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