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Journal peu intime...

07 novembre 2009

Petit "Thriller" entre amis

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Les repas entre amis ne laissent pas toujours les convives indemnes. La table joliment dressée et la délicatesse des mets n’empêchent pas les mots de trop de survenir au détour d’une phrase. La discorde peut même s’installer pour une histoire de saumon qu’on ose déguster sans la salade qui l’accompagne. Voici le premier pas de cette histoire : la fourchette de Lafayette, un journaliste, esquive le "vert" au profit du "saumon". Son hôte, Norman, professeur d’économie, n’en croit pas ses yeux. La femme de Norman, Suzanne et le doyen de l’université, Loch, ne prennent pas partie jusqu’au moment où l’accusation tombe des lèvres de Lafayette : Norman aurait volé le portefeuille d’un sans-abri. Stupeurs, tremblement des couverts, envolée vocale ! Les mots sont vils et bas. C’est Norman qui le pense. Lui, le premier narrateur de ce roman où on se coupe volontiers la parole. Suivront de nombreuses péripéties, souvent très drôles, des notes en bas de page économiques, des meurtres (?), des considérations sexuelles du meilleur cru et surtout de l’absurde érigé en grand art.

 

Iegor Gran, nous invite donc dans la tête de ces américains de la haute société, de l’intelligentsia qui se trompe, qui se cherche, qui se révèle dans toute sa bassesse, oubliant à l’occasion tous les beaux discours humanistes échangés dans les dîners en ville . Un peu David Lodge, un peu satiriste, l’auteur ficèle son histoire avec talent, avec un sens du rythme qui fait de lui un digne représentant de la littérature anglo-saxonne.... Anglo-saxonne ? C’est en cherchant le nom du digne traducteur que la découverte est la plus belle. Iegor Gran est français !

 

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14 septembre 2009

VOICI le Roi !

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Dans les allées du jardin de Versailles, derrière les alcôves de feuilles, les amours du Roi se vivaient à l’abri des regards de la cour, trop occupée elle-même à scruter ses propres relations intimes...

La loi du secret n’était bien entendu que de courte durée. Tout se chuchotait, tout se savait. Des siècles plus tard, un jardinier peu scrupuleux allait même lever le voile sur les amours des rois, reines, concubines, promises, favorites, valets et autres laquais, faux dévots et dames de compagnie.  
 

A travers les siècles, de la création du château à son déclin, Alain Baraton, le jardinier de Versailles, s’est lancé à la recherche des secrets intimes des monarques, dévoilant les épisodes les plus intimes. L’auteur invite le lecteur à regarder par le trou de la serrure. Oui, le lecteur saura tout sur les penchants de la cour, ses parades amoureuses, ses codes... Derrière l’éventail, les œillades s’échangent. Derrière la poudre, les joues rosissent. L’émoi est éphémère. Les unions scandent la vie de la cour où l’ennui n’est pas de mise. Dans ce recueil de rumeurs, de petites histoires, l’auteur nous offre son regard fortement intéressé par le badinage et la bagatelle. Alain Baraton n’aime pas le rouge à lèvres, il ne porte pas dans son cœur Mme de Maintenon ("elle me rappelle ces femmes qui s’étant tout permis durant leur jeunesse, l’âge venant, se métamorphosent en prudes et séquestrent leur filles car elles savent pertinemment ce qui va leur arriver : elles l’ont déjà fait"). Plus intéressant, Alain Baraton raconte à la fin de son ouvrage les scènes d’amour qui se jouent encore anonymement à Versailles et révèle une information essentielle : les jardiniers sont des voyeurs !!!

Une lectrice (ma maman...) ayant lu ce livre avant moi m’avait prévenu : il se lit comme un bon magazine people. Je confirme, mais j’ajouterai à cet avis l’aspect très bien documenté ainsi que la plume d’Alain Baraton, très agréable...

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16 juillet 2009

Le Spirou aux pinces d’or

 

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A la mort d’Hergé, tous les journaux ont associé la mort du dessinateur à celle de son héros, Tintin. Tous connaissaient la volonté de l’auteur de voir disparaître avec lui le château de Moulinsart et ses locataires. Spirou, concurrent et compatriote de Tintin, n’a pas eu la même destinée. Les auteurs se sont multipliés, reprenant en main et à la force du crayon le devenir du petit groom. Parmi ces auteurs, citons Rob-Jel, Jijé, Franquin, Fournier, Tome et Janry, Morvan et Munuera.... Chacun a contribué à créer un univers particulier, construit pierre par pierre, album après album. Récemment, les éditions Dupuis ont permis à d’autres auteurs de se lancer dans l’aventure le temps d’un "one Shot". Cette nouvelle série s’est avérée bien plus exaltante que les volumes officiels soucieux d’une chronologie et de plus en plus inspirés par l’univers des mangas.

En 2008, Emile Bravo signe, ni plus ni moins, la renaissance du petit groom. Comme dans un "Spirou begins", le dessinateur est revenu aux origines du héros, éclairant une grande partie des mystères de cette série. Spirou travaille (vraiment) comme groom dans un hôtel. Nous sommes à la veille de la seconde guerre mondiale et c’est l’heure de la rencontre avec son acolyte, Fantasio, pigiste fantasque. Sur quelques cases, l’influence de tintin est plus que perceptible. Spirou quitte même son costume rouge pour un pantalon de golf... De là à parler d’une frustration des auteurs de s’emparer de l’univers laissé orphelin par Hergé, il n’y a qu’un pas...

En 2009, les lecteurs du "journal d’un ingénu" rêvent d’une suite... Olivier Schwartz et Yann exaucent ce souhait avec "le groom vert-de-gris" qui reprend les aventures de Spirou et Fantasio sous l’occupation aux prises avec les nazis. Les temps ont changé, l’hôtel de Spirou est le siège des nazis. Le rouge de son costume est même devenu vert-de-gris... Même si l’histoire est un peu plus faible que celle d’Emile Bravo, le lecteur se laisse agréablement embarquer dans ces aventures enlevées qui citent régulièrement en guest-stars les personnages croisés chez Tintin, voire des inventions du professeur Tournesol et même un débat sur le passé d’Hergé : "Tintin, rayon de soleil ou propagande nazie ?".

Si Emile Bravo misait sur de petits clins d’oeil, Schwartz et Yann nous invitent à un véritable jeu de piste, convoquant indifféremment les précédentes aventures de Spirou et celles de Tintin... Les initiés sont surtout les bienvenus !

Faisons un rêve de bédéphile : Joan Sfar, Manu Larcenet... Attaquez Spirou et gardez des forces pour Tintin (on ne sait jamais...)


 

Ps:

A noter que Lewis Trondheim avait en douce et l’air de rien signé un Spirou... "l’accélérateur atomique". Lapinot portait très bien le costume de groom.

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18 avril 2009

Sa plus belle histoire d’amour, c’est NOUS

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Pour brosser une nouvelle fois le portrait de nos petites séductions et autres relations intimes, Bastien Vives a choisi de nous crayonner en couleurs sur deux Bandes dessinées : "Dans mes yeux" et "la boucherie". L’abandon de la palette graphique et des fonds aquatiques du "goût du chlore" offre à son auteur l’occasion de renouveler son style en lui donnant l’apparence de la simplicité... L’apparence, seulement ; l’habileté du trait répondant parfaitement à la justesse du propos.

Bastien Vives connaît les désirs, les attentes, les failles, les petites faiblesses, les grandes joies, les moments suspendus des premiers instants amoureux, l’alchimie d’une rencontre, les regards échangés, les silences lourds de sens, cette voltige des sens et le doute...

En fin observateur de la chose amoureuse, Bastien Vives guette en deux temps les gestes qui font et défont l’amour.

Premier mouvement : "Dans mes yeux"

Voici une aventure dont vous êtes le héros. Vous voilà dans une bibliothèque universitaire en face d’ une jeune fille que vous observez avec intensité jusqu’à ce qu’elle lève les yeux de son livre... C’est bien vous qui la regardez. A l’instar de la caméra subjective du film "la femme défendue" de Philippe Harel, le crayon fait de vous un héros moderne et conquérant. Un héros muet dont on devine les paroles. De fil en aiguilles, des liens se nouent entre cette jeune fille et vous. La suite est évidemment à lire et à vivre. Un sentiment de déjà vécu peut s’insinuer dans les pages, vous faire même sourire et pourquoi pas vous émouvoir.

 

Second mouvement : "la boucherie"

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... ou quand les ennuis commencent. Bastien Vives n’a pas oublié non plus les lendemains qui déchantent, les sanglots nocturnes inexpliqués, les mots qui manquent quand "tout est dit" et "les jeux sont faits". Dans la boucherie, le personnage masculin apparaît, les méprises aussi. Entre deux scènes du quotidien, des moments atypiques illustrent le déclin : saut en parachute dangereux, violence injustifiée... On se renvoie même la balle lors d’une partie de Ping Pong ! Cette "boucherie"est aussi un ballet des corps et des sentiments.

 

En deux mouvements, Bastien Vives vous fait entrer dans cette petite musique des sentiments et nous rappelle son universalité. C’est rare et plutôt beau.

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14 avril 2009

"CLAK!"

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Collées, séchées, pressées entre les pages quadrillées d’un cahier, les plantes vivent encore de nos jours une persécution quotidienne et banalisée. Motivés par d’obscurs impératifs scolaires, les enfants arrachent les feuilles de leur environnement pour constituer un herbier. un recueil de pages où les plantes se cachent pour mourir, rien de moins !

Visiblement traumatisé, Jul, dessinateur de presse et de Bandes dessinées sensibilise les jeunes générations en signant cet "herbier impitoyable" aux éditions Charlie Hebdo Junior. Avec Jul, faisons un rêve : et si un livre pouvait nous débarrasser des importuns...

Il est facile de collectionner les ennuis quand on est un élève d’école primaire nanti d’une belle-mère vociférante, d’un ami à quatre pattes montrant les crocs, du "grand fred" racketteur et d’une maîtresse d’école tyrannique. Il serait tellement plus réjouissant de collectionner dans un herbier ceux qui nous pourrissent l’existence... Et voilà qu’un beau jour, Simon (car c’est de lui dont il s’agit) découvre échoué sur le bitume, "l’herbier qui tue". En l’ouvrant, un mode d’emploi le met au parfum :

"Cet herbier magique vous permet de collectionner non pas des fleurs ou des feuilles que l’on fait sécher entre les pages, mais des gens bien réels. Il vous suffit de penser à une personne, et de refermer avec force le livre : la voilà piégée !"

 

Très librement inspiré du manga "Death Note" de Tsugumi Ohba et Takeshi Obata, cet "herbier impitoyable" défoule et réjouit le lecteur. Violent, vous avez dit violent ?... Oui, certes, mais avec l’humour qui caractérise Jul (il faut d’ailleurs à tout prix lire "Il faut tuer José Bové", "la croisade s’amuse" et le "guide du moutard"). Cette fois-ci, Jul s’attaque au jeune public sans mâcher ses mots et sans restreindre sa plume... En témoignent ces portraits éclatés, aplatis, en un mot "cubistes" des victimes de ce fabuleux herbier...

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25 mars 2009

God save the books

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La lecture est-elle une addiction comme les autres et est-elle subversive ?

Tentative de réponse : Amateur de lignes, le lecteur peut sans peine se relever la nuit pour finir un roman sous les prétextes les plus fallacieux ("qui est l’assassin ?", "qui va embrasser qui ?", "pourquoi Monsieur Darcy est-il si orgueilleux ?" ). Le lecteur aime se réfugier dans ce monde artificiel fait de papier, d’encre et de rêves. En conséquence, ses yeux ont tendance à rougir. Il a la capacité d’attendre des mois le dernier roman d’une longue série. En le dévorant, il regrette souvent cette soudaine boulimie... Le lecteur est un être insatiable. Il a ses habitudes dans les librairies et les bibliothèques et parfois, quand le manque se fait trop fort, il ose s’encanailler chez les bouquinistes...

 

Illustrons cette fumeuse théorie par La Reine des lectrices d’Allan Bennet. Un beau jour anglais, au palais de Buckingham, la Reine Elisabeth II promène ses chiens et découvre avec étonnement un bibliobus garé dans son jardin. N’écoutant que son devoir et souhaitant rendre hommage au beau métier de bibliothécaire, sa majesté décide d’emprunter un ouvrage. Geste anodin en apparence qui déclenche une suite de conséquences exceptionnelles. La Reine devient une lectrice passionnée, acharnée, exclusive, au point d’en oublier le protocole.


 

 

Le premier ministre anglais s’offusque, le président français peine à répondre aux questions sur Jean Genet (un compatriote pourtant...), l’entourage royal complote contre cette dérive en cachant les livres de sa gracieuse majesté. Pourtant, en lisant et en se repliant derrière les livres, la Reine découvre l’humanité. Elle continue cependant sa lecture dans son carrosse lorsqu’il est d’usage de saluer cette dite humanité...

Fin, caustique, ce court roman sur la littérature et ses curieux effets est un réconfort pour tous les lecteurs incompris qui n’osent plus parler de leurs lectures. Ici, "on lit pour le plaisir. il ne s’agit pas d’un devoir public". Ce roman est aussi un extrait d’Angleterre, à déguster avec une excellente marmelade d’orange ...


 

Et si la Reine s’était éprise de cette chanson des Sex Pistols, que serait-il advenu de la monarchie anglaise ?

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13 mars 2009

Le timbre en tête

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Est-il lecture plus forte que celle qui engage un véritable dialogue avec l’auteur ? Lorsque la voix porte les mots, lorsque la lecture pour soi s’ouvre aux autres, l’intime se partage. Le rideau peut se lever, les trois coups résonner, les toussotements s’exercer. Le théâtre s’ouvre alors comme un livre. Dans voix off, tout commence par les mots, tout se poursuit sur scène.  Une phrase tirée d’Albertine Disparue de Proust, tombée sous les yeux du jeune Denis Podalydes, l’éveille à ce goût des mots : "Que le jour est lent à mourir par ces soirs démesurés de l’été". Les mots se répètent, prennent vie dans son esprit. Forts de leur justesse, ils trouvent un écho favorable dans la tête d’un jeune homme qui éprouve les langueurs de l’adolescence. Cette révélation littéraire sera suivie de nombreuses découvertes qui forgeront sa passion pour les mots lus et interprétés.


 

 

Lorsque la maison d’édition "Mercure de France" lui propose d’écrire son portrait, Denis Podalydes regroupe les voix qui ont forgé la sienne : celles de ces proches, de ses frères, mais aussi de grands acteurs de théâtre. Ces voix ouvrent chaque chapitre et guident le lecteur dans la vie du comédien, de ses premiers pas sur scène à ceux encore plus prestigieux à la Comédie française. Ses chocs théâtraux le mènent à la carrière de comédien tandis que son frère, Bruno, se dirige vers la réalisation. A eux deux, ils signeront de belles réussites au cinéma : "Versailles rive-gauche", "dieu seul me voit", "liberté Oléron" et le "mystère de la chambre jaune". Dans voix off, le lecteur découvre une famille : les voix imaginées de grands-parents qu’il n’a pas connu, celles de ses proches, disparues ou non, qu’il aime imiter avec ses frères.

 

A de nombreuses reprises, Denis Podalydes évoque la voix de ses frères et l’importance qu’elles ont pu prendre dans sa vie... Il rend surtout hommage à sa famille du théâtre : les acteurs qui l’ont précédé sur les planches et ceux qui continuent à exercer leurs talents. Durant ces chapitres, voix off évoque son premier livre, "Scènes de la vie d’un acteur". Les deux livres sous le bras, Denis Podalydes a récemment fait une lecture de ces textes au théâtre de l’Odéon. Durant le temps de la lecture, l’acteur a su faire revivre Jean-Louis Barrault, Jean Vilar ou Gérard Philippe et a déclaré sa passion pour un métier qu’il juge pourtant ordinaire. Dans la salle, j’ai pu, avec tant d’autres, goûter au plaisir d’une lecture partagée, à livre ouvert...

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24 janvier 2009

Une Caïpi à la main

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"Ce n’est pas impunément qu’on erre sous les palmiers, et les idées changent nécessairement dans un pays où les éléphants et les tigres sont chez eux"

 

Ainsi parlait Goethe. Et c’est en tirant de cette citation le titre de son roman que Jean-Marie Blas de Roblès, archéologue et grand voyageur, nous invite à tourner les premières pages de son roman impressionnant.

Impressionnant ? Oui, d’un point de vue quantitatif (800 pages au prime abord intimidantes et très efficaces pour muscler les avant-bras...) mais surtout pour la nature même de ce roman fleuve invitant tout bonnement à un drôle de voyage dans l’Histoire et dans le Brésil contemporain. L’auteur mêle habilement plusieurs histoires : Eléazard von Wogau, correspondant de presse dans la ville d’Alcâtara, au fin fond du Nordeste brésilien, reçoit un manuscrit constituant la biographie d’Athanase Kircher, un illustre jésuite de l’époque baroque, inventeur péremptoire et spécialiste en tout. La fille d’Eléazard, Noéma, est à la dérive dans une autre ville du Brésil. Son ex-femme, géologue, part en expédition au fin fond de l’Amazonie. Au même moment, dans les favelas, Nelson, un garçon infirme a soif de vengeance...

Comme dans un film de Robert Altman ("Short cuts" notamment), les personnages vivent leur histoire indépendamment des autres, jusqu’à l’indispensable croisement des destins, convoquant chacun dans les dernières pages du roman.

Chaque début de chapitre s’ouvre sur le formidable et pittoresque récit de la vie d’un homme singulier, un jésuite du XVIème siècle, érudit de son temps dont les théories ont cruellement perdu de leur intérêt de nos jours. Jean-Marie Blas de Roblès emprunte alors la vie d’un homme ayant bel et bien existé et la romance avec un style bien moins contemporain que celui utilisé dans le reste du livre.

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Roman d’aventure où la cachaça coule à flot, "là où les tigres sont chez eux" est une expérience littéraire qui tient en haleine. Débordant d’imagination, Jean-Marie Blas de Roblès signe un récit à plusieurs voix, un roman à plusieurs entrées qui saura ravir les lecteurs aventuriers.

Ce roman a remporté le prix Médicis, le prix fnac et le prix Jean Giono. Ci-dessous, une vidéo de l’auteur présentant son livre.

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07 janvier 2009

"Maudite Tamara !"

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"Mes amis, ne me laissez pas, non.
Ce soir je repars au combat,
maudite Tamara, puisque te v’là"

Après avoir très librement adapté Emma Bovary de Flaubert (Gemma Bovery, disponible à la médiathèque), voici le nouveau roman graphique de Posy Simmonds, très largement (et librement) inspiré du roman de Thomas Hardy qui fit scandale, à sa sortie en 1874, loin de la foule déchaînée.

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"Librement", "libre", "libertin"... Ici tout tourne autour de la liberté et ses variations. Pourtant, l’univers de Posy Simmonds paraît au premier abord restreint : "Loin de la foule déchaînée. Retraite studieuse pour écrivains. Accès facile par M96. Paysage superbe, belles balades. Huit studios calmes et confortables dans bâtiment de ferme convertis. ".

Dans ce petit village, tout est calme. Les vaches ruminent, les écrivains posent leur plume pour mieux réfléchir, les ados s’ennuient et squattent l’abri bus. Tout est calme.... Jusqu’à ce que Tamara, créature de rêve aux jambes interminables, revienne semer le trouble dans la gente masculine. "Mon cœur, mon cœur ne t’emballe pas, fais comme si tu ne savais pas, que la Tamara est revenue". Si Jacques Brel avait rencontré Tamara avant Mathilde, il ne s’en serait peut-être pas remis.

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La petite communauté est ébranlée. Les petites tromperies conjugales prennent une autre dimension avec Tamara. Bien plus tragique. Tous les coups sont permis dans ces relations adultérines sans foi ni loi. Entre Nicholas, l’écrivain à succès, Beth, son épouse qui ferme les yeux pour maintenir un semblant d’harmonie, Glen, l’universitaire, Andy, l’homme à tout faire, et la troublante Tamara, va s’installer un manège destructeur qui fait tourner les têtes avant de les faire perdre...

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Posy Simmonds croque des portraits criants de vérité. Les faiblesses des hommes, les petites trahisons entre amis et amoureux, la longueur des journées quand on est adolescent. Tout est dans les traits de l’auteur, mais pas seulement : cet ouvrage fait la part belle aux textes. Très loin d’une BD, il s’agit bel et bien d’un roman graphique. Ce terme qui a redonné ses lettres de noblesse est souvent mal utilisé aux bandes dessinées. Il trouve ici sa plus belle expression.

Peinture grinçante des moeurs, Tamara Drewe est à lire au coin du feu (si vous êtes nanti d’une cheminée) ou d’un radiateur...

Et Mathilde dans tout ça, me direz-vous ?

 

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06 janvier 2009

... de ses propres ailes

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"On dirait le Sud
Le temps dure longtemps
Et la vie sûrement

Plus d’un million d’années
Et toujours en été"

Pourquoi descendre vers le Sud quand il est si bon de vivre dans le froid ? Les mains sont gantées, les pieds se chaussent de patins à glace pour évoluer sur les trottoirs et les yeux ne s’éblouissent qu’à de rares occasions grâce aux douces tonalités grises du ciel. Que demander de plus ?

 

Les oiseaux migrateurs n’ont décidément rien compris. Rien de rien. Quand vient l’automne, quand les arbres se délestent de leurs feuilles et tapissent le sol, ces volatiles qui honoraient les arbres de leur présence, bouclent leurs bagages. "On the road again", direction "le Sud" ! En un chant de ralliement, les oiseaux déploient leurs ailes et s’aventurent sur la route des vacances... en oubliant le petit dernier, au pied de l’arbre, occupé à la sieste.

Le réveil est dur, le désespoir soudain. Quoi ? Où ? Qui ? Pourquoi ? L’oisillon se sent soudainement abandonné. Débarque alors le sauveur... Mooch le chat, qui s’attendrit et lui tend la patte pour le guider vers la terre promise, le Sud, à la recherche de ses parents envolés.

Ce curieux équipage traverse des paysages, déambule dans un monde de silence avant que le chant d’un oiseau brise cette douce amitié et annonce une séparation et la douce sieste du chat... L’oisillon s’envole alors de ses propres ailes !

C’est un beau roman, c’est une belle histoire. C’est aussi le dernier album de Patrick McDonnel. Un album aux couleurs sépias, sans paroles, finement dessiné, qui évoque ces amitiés fulgurantes et ce bonheur d’aider et d’être aidé... comme dans la chanson des Beatles, "With a little help from my friends", bande son idéale de cet album adorable.

 

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